31/08/2005Message personnel illustré de Monsieur Népomucène
Monsieur Népomucène va au lit.
Bonne nuit dans l'Europe du Traité de Nice,
mes zinzins de lecteurs.
Surtout, avant de vous coucher,
n'oubliez pas d'éteindre Julien Dray.
« Moi et l'amour, c'est toujours la même histoire. »
(-alias- adoré)
Qui c'est qui est rentré à Paris ?
C'est le jeune et beau
Népomucène !!!
Où Monsieur Népomucène bande comme un âneEn conseil des ministres, ce matin, le ministre d'État, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, a présenté un projet de loi ratifiant l'ordonnance du 8 juin 2005 portant allégement des procédures d'adoption et de révision des schémas de services collectifs et suppression des schémas multimodaux de services collectifs de transport.
Cette ordonnance, prise sur le fondement de la loi du 9 décembre 2004 de simplification du droit, a assoupli cette procédure en introduisant, notamment, une procédure de révision simplifiée lorsque les modifications sont circonscrites à une région.
Elle a également tiré les conséquences des décisions du comité interministériel d'aménagement et de développement du territoire (CIADT) du 18 décembre 2003 qui a approuvé les nouvelles orientations de la politique nationale des transports, des cartes présentant les projets d'infrastructures à 2025, ainsi qu'un dispositif de financement pérenne grâce à l'Agence de financement des infrastructures de transport de France. Elle a par conséquent supprimé les schémas multimodaux de services collectifs de transport adoptés en 2002, leur maintien pouvant, compte tenu de leur portée juridique, bloquer le bon déroulement des procédures de certains projets en cours.
30/08/2005Monsieur Népomucène va se coucher.
Il souhaite une bonne nuit à tous ses dingues de lecteurs.
Que saint Fantin le Thaumaturge les protège !
Que saint Pammaque bénisse plus particulièrement Monsieur Rogue, dont les bonnes manières sont irréprochables !
Faites de beaux rêves, les mabouls.
Le (non-)blog de Monsieur Népomucène, un (non-)blog catholique, apostolique et romain.
Il y avait aussi, dans ce rêve, P., qui me disait qu'il serait présent, ainsi que Michel Butor, qu'il avait rencontré au Dupleix (!!!). « Ce que je pense parfois : je n’avais plus rien à espérer de ma vie que du bonheur. La guerre m’apporte un renouvellement. On ne peut tout de même pas espérer que je vais remercier. »
(Sartre, Carnets de la drôle de guerre) Fragment d'un présentMardi 30 août 2005, café [L.], 11h05
Ciel parfaitement bleu. Air chaud. Impression de désertion de la ville par une partie des vacanciers, je les imiterai demain (départ de mon train demain matin vers 10 heures).
Rédigé deux cartes postales dont l’une pour mon nouveau vieux pote O., que je tiens au courant de mes récentes démarches. Je lui dis que j’attends les réponses. Je lui précise aussi que j’ai donné un exemplaire d’un certain texte à W. en juillet.
Je ne rentre pas déjeuner ce midi : […]. En revanche, j’ai rendez-vous à 12h15 avec un garçon devant le cinéma (enfin… l’ex-cinéma, puisqu’il est fermé).
Hier, annoté les pages 26 à 54 (du début) de la thèse de mon vieux pote F., ce dont je l’ai avisé par mail ce matin.
Pas avancé hier après-midi ni hier soir dans ma lecture des Carnets. En revanche, lu hier soir et lors d’un réveil trop matinal (six heures ce matin), avant de me rendormir, un peu du roman d’Agatha Christie que j’ai commencé le premier soir de mon séjour.
Sur ce, rédaction de mes autres cartes postales puis lecture jusqu’à midi. 11h20. « Ce que je veux [...] : être le plus grand possible avec les moyens du bord. Je reconnais qu’il est une autre grandeur qui se crée ses propres moyens. Et quelquefois, devant cette infinie liberté qui m’est donnée comme à tout homme, je me sens coupable, parce que je n’en use point assez. Dès qu’on se contente des moyens du bord, on est stoïcien.
Il me semble, en écrivant tout cela, que j’abandonne une peu trop le point de vue critique des premières pages [de ce carnet] pour suivre une trop grande complaisance à moi-même. Il faut faire attention. »
(Sartre, Carnets de la drôle de guerre)
OnirikAttitudeDans la nuit de dimanche à lundi, un rêve très étrange : j'étais invité (par ce charlot et ce branleur de professeur M. ?) à une soirée, je crois bien qu'il s'agissait d'une soirée de présentation d'armes de destruction massive, à la maison de l'Iran, sise au sein de l'ambassade du Japon, ou à la maison du Japon, sise au sein de l'ambassade d'Iran.
Devaient théoriquement être présent un certain nombre d'anciens présidents sénégalais et ivoiriens, mais je me suis aperçu au réveil que n'avait été cité aucun d'entre les vrais anciens présidents sénégalais et ivoiriens, à part celui de l'un d'entre eux qui est mort depuis longtemps, Félix Houphouët-Boigny. Etait aussi cité Ababacar Diop, à qui je n'ai jamais dû penser depuis des années, que je n'ai jamais rencontré, ni ne connais d'Eve ni d'Adam, l'ancien "leader", si je puis dire, des sans-papiers, dans, je crois, l'affaire de l'église Saint-Bernard.
Les bâtiments de la maison de l'Iran et de l'ambassade du Japon étaient extrêmement étranges. Il s'agissait de deux rectangles, l'un dans l'autre, que je voyais en coupe transversale, dont le plus intérieur, la maison de l'Iran, était vide et présentait cette singularité que l'on y évoluait à l'envers, la tête en bas et les pieds à ce qui devrait être le plafond. On accédait à la maison de l'Iran après être rentré évidemment dans le rectangle plus extérieur de l'ambassade du Japon mais celui-ci présentait la particularité d'être totalement rempli d'eau. Il fallait alors nager longuement, sans pouvoir remonter où que ce soit respirer, aucune ouverture vers l'extérieur n'étant faite autre que l'entre, pour gagner l''entrée du rectangle plus petit de l'ambassade d'Iran.
Il n'est pas impossible par ailleurs que ces "bâtiments" aient été pour partie au-dessous du niveau du sol. 29/08/2005Monsieur Népomucène va se coucher.
Il souhaite une bonne nuit à tous ses dingues de lecteurs.
Que saint Crispin de Viterbe bénisse plus particulièrement Monsieur Rogue, dont la politesse est exquise !
Faites de beaux rêves, les mabouls.
« L’exaction forcée d’une religion est une preuve évidente que l’esprit qui la conduit est un esprit ennemi de la vérité. »
(Dirois)
Message personnel (le destinataire se reconnaîtra)Bouatamelle, abruti. :) Fragment d'un présentlundi 29 août 2005, [L.], 10h32
Ciel bleu, mer d’huile, air chaud sauf ici : les terrasses ne sont pas encore ensoleillées, mais il fait tout de même très bon.
Je ne reverrai pas Séverine. Elle m’avait indiqué qu’elle cherchait, à cause des nouveaux propriétaires arrivés en décembre et qui sont ce qu’ils sont (la moitié du personnel a déjà démissionné), une place ailleurs, et elle m’a dit hier qu’elle serait « en repos » aujourd’hui et demain ; je lui ai donc souhaité, bien sincèrement, une « bonne continuation », bien sincèrement, vraiment, mais en même temps sans le moindre pincement au cœur. Que telle ou telle chose, que telle ou telle personne passe brutalement dans la pénombre du passé ne me fait plus éprouver comme la perte d’une part de moi-même, d’un organe de mon corps.
Hier après-midi, je réalisais (enfin… non… je le savais déjà…) à quel point je n’avais rien à dire à certaines personnes et réciproquement, même si elles ne s’en aperçoivent pas : qu’elles ne soient pas allées au restaurant depuis telle sortie au printemps, qu’elles aient eu du mal à se garer, que M. le maire soit fort mécontent des tags que l’on voit apparaître sur les murs de la ville, etc., tout cela m’indiffère au plus haut point, et ce n’est pas en le répétant trois fois qu’elles m’y intéressent davantage.
Lu un peu sur un banc, face à la mer, après le déjeuner au restaurant, pas beaucoup, les Carnets. Rentré, un peu (trop) de Net, dîner, regardé Inspecteur La Bavure à la télévision. Re-Net, re-lu un peu (l’article de Catherine Clément sur le couple Sartre-Beauvoir dans le récent hors-série du Magazine littéraire).
En chemin ce matin, allant dans le même sens que moi, un succulent blondinet caricature de surfeur australien. Chez Arnaud : tous les volets fermés, tout le monde a dû rentrer à Paris. Assis sur la barrière métallique au bout de la rue qui suit cette maison, un ravissant adolescent (dix-sept ans ? dix-huit ans ? peut-être seize ou dix-neuf ans ?) qui dégustait son pain aux raisins, ou quelque chose d’approchant, en regardant la mer, sa mobylette étant appuyée à la même barrière un peu au-dessous de lui.
Juste envie de lire et d’écrire, ce que je ne fais pas assez, dormant et mangeant trop. Ce qu’il me faudrait : des livres et le plus grand isolement possible, mais je n’ai pas exactement les moyens de louer pour quatre mois une petite maison sur une île grecque (un ami me dit dernièrement l’avoir fait, et cela a un peu toujours été mon rêve, du moins l’un de mes rêves). Lire et écrire, et, ce que je ne fais pas assez, travailler sur ce que je lis, au moment où je le lis, au moins noter en une doux phrases les idées qui me viennent à la lecture de tel ou tel passage. J’ai par exemple hier relevé quelques passages des Carnets sur lesquels j’aurais dû m’arrêter un peu plus longuement, particulièrement trois pages (73-75) où Sartre évoque ses Carnets.
J’ai évidemment acheté jeudi et vendredi les journaux (car en province Le Monde donne l’illusion de ne pas être le seul journal qui ment même sur sa date de parution) pour leurs suppléments littéraires, et, dimanche, le JDD. J’ai l’impression malheureusement que la sortie de la traduction du dernier roman de Roth, The Plot against America (que signifie « plot » ?), paru il y a un an, je crois, aux Etats-Unis, n’est pas pour cette rentrée littéraire-ci ; or j’ai hâte de lire cette uchronie, dans laquelle, si j’ai bien compris, l’aviateur Charles Lindbergh, sympathisant pro-nazi, accède à la présidence des Etats-Unis en 1940. En revanche, parmi les parutions (plus qu’) annoncées (bien avant cette rentrée), je compte acheter dès que / si mes finances me le permettent le dernier Nothomb et le dernier Houellebecq, et aussi le livre de quelqu’un que je connais un peu. A propos de son auteur, je me demandais si je lui envoyais une carte postale avant de rentrer à Paris. L’idéal serait qu’une commission indépendante en décidât à ma place, pour cause d’indécision chronique, mais ne rêvons pas.
Aujourd’hui, sensiblement moins de monde au bord de la mer, mais je suis parti plus tôt de la maison que les jours précédents, et sur cette place, signe indéniable que les vacanciers regagnent leurs pénates.
Sur l’autre terrasse, un serveur tout à fait appétissant vient de surgir pour ouvrir un parasol. Un peu piercé (ce qui n’était pas vraiment indispensable) et peroxydé, le tout lui donnant un certain charme pédésexuel ou, comme on dit, et j’espère ne pas me tromper sur le sens du mot, « metrosexuel ».
Mon programme de l’après-midi est à peu près défini : bain (bain à l’eau de ville, dans la baignoire, non bain de mer), finir de montrer les photos de mon séjour provincial de juillet à la personne qui veut les voir, travailler un peu à annoter le début de la thèse de mon vieux pote F. (j’ai dû m’arrêter il y a deux mois à la page vingt-six environ). Et puis Sartre pour ce qu’il restera de la journée, l’idéal étant qu’aucun film ne me fasse envie après dîner. Mais je n’ai pas, du tout, envie de sortir.
Il semblerait que je fusse (oh, le joli imparfait du subjonctif) moins attaché qu’auparavant à cette ville. Ce qui compte pour moi, ainsi que j’ai commencé de l’indiquer un peu plus haut, c’est de pouvoir lire et écrire au calme, en disposant d’un petit confort minimal (un silence relatif comptant pour beaucoup dans les conditions de ce confort minimal). Ajouter à cela un peu moins de soucis financiers et le SMIC sexuel me permettrait d’être tout à fait content de mon existence, mais en ce moment, en cette dernière matière, c’est plutôt le RMI.
Sur ce, un peu de lecture et je rentre déjeuner. 11h43.
28/08/2005Alors, là, on est en 2005, mais c'est pas tout d'être en 2005, il faut aussi penser à l'avenir, et préparer le bonheur de la nation. Alors, n'oubliez pas :

Monsieur Népomucène est toujours en vince-pro.
Il n'oublie pas ses lecteurs.
Il les conchie bien cordialement.
« Si je ne crois pas que je vais mourir à cette guerre c’est que, depuis toujours, ma volonté est tendue contre la mort comme si c’était un simple mal de mer. Je ne m’en apercevais pas mais je me rends compte à présent que je suis parti dans la vie comme pour faire un long voyage mais d’une distance donnée et avec un terme fixé. Il faut y arriver avant le soir. Je ne veux ni sentir ma fatigue, ni m’arrêter. Tout ma volonté est tendue. Il n’y a place ni pour la lassitude ni pour le divertissement, je ne m’abandonne jamais, tout est en fonction de ce voyage. Cela écarte de moi toute angoisse métaphysique – tout come aujourd’hui cela fait reculer devant moi la guerre –, cela m’empêche de la sentir tout à fait. Je n’ai pas le temps de mourir, voilà à peu près comme je sens les choses. Et, magiquement, cela me donne la certitude que je ne mourrai pas avant d’être arrivé au bout du voyage. L’idée de Destin est certainement chez moi la contrepartie de cette tension constante. Cette phrase de Bellessort* – idiote et salope – qui m’avait profondément ému, à l’époque (j’avais dix-huit ans) : « Avez-vous jamais vu qu’un capitaine illustre soit mort quand il y avait encore des batailles à gagner ? » C’est le secret de mon optimisme. Au contraire Dabit, dans son journal, est un fruit mûr et presque blet pour la mort. Il tombe, il va tomber, il s’abandonne, elle n’a qu’à tendre la main pour le cueillir. On dirait qu’il est mort de n’avoir pas assez voulu ne pas mourir. Moi j’ai toujours eu l’impression qu’on meurt par négligence, par distraction ou par sénilité, qu’on est libre contre la mort (et non, comme dit Heidegger, libre pour mourir). Non que je veuille dire qu’on peut ne point mourir, mais simplement ceci : nous sommes finis – mais nos tâches aussi sont finies. On doit pouvoir se retenir de la mort jusqu’à ce que la tâche soit terminée. Après on n’a plus qu’à se laisser aller. »
[* : Bellessort était l'un des professeurs de Sartre en hypokhâgne]
(Sartre, Carnets de la drôle de guerre)
Fragment d'un présentDimanche 28 août 2005, [L.], 11h40
Temps magnifique.
Hier, en rentrant déjeuner, j’ai bien cru reconnaître Arnaud, légèrement en retrait d’un petit groupe qui se tenait à la fenêtre centrale de la maison où il passe une partie de ses étés. Certainement pas moins beau que les années antérieures.
A l’autre des deux terrasses du café où je me trouve, un groupe avec au moins un garçon brun, très bronzé, plus jeune que moi, qui a l’air absolument succulent.
Hier après-midi, lu une trentaine de pages (non, pas plus…) des Carnets.
Hier soir, vu en vidéo une pièce intitulée Si je peux me permettre avec Robert Lamoureux et Jacques Balutin.
Difficile d’émerger ce matin après le petit-déjeuner, comme en témoigne l’heure inhabituelle à laquelle je prends la plume.
Mal au ventre, une cure de soupe de légumes et d’eau minéral s’impose pour mon retour à Paris. Mais d’ici là et pas plus tard que ce midi : déjeuner au restaurant. 11h51.
« Je n’ai pas vu la guerre et elle paraît insaisissable mais j’ai vu le monde de la guerre. C’est tout simplement le monde militarisé. Le sens des choses est changé. Une auberge reste là, elle est toujours parée et accueillante mais elle accueille à vide, c'est-à-dire que cette possibilité se détruit d’elle-même et devient absurde. Elle accueille contre de l’argent et elle évoque une liberté bourgeoise, la liberté par l’argent. Mais le monde de la guerre est un monde sans argent et sans liberté. Cette auberge est réquisitionnée par l’intendance. Des soldats y habitent, qui ne paient pas et qui n’habitent pas librement. L’auberge, pour qui lit sur sa porte le mot « Intendance » qui y est écrit, évoque un sens nouveau : celui de la contrainte gratuite. En même temps elle est devenue ustensile pur – c'est-à-dire que, quel que soit le luxe ancien de l’objet, on s’arrange pour le faire servir uniquement au nécessaire. La chambre coquette qui devait charmer le voyageur sert uniquement de gîte aux soldats qui l’occupent. Ils y couchent, mais sur de la paille. Le lit est déménagé ou n’est pas touché. Ainsi, bien avant que la bombe ne détruise l’objet fait par l’homme, le sens humain de l’objet est détruit. On se promène, en guerre, dans un monde-ustensile. Exactement comme à la caserne. Seulement, comme les grâces coquettes des choses demeurent, il en résulte à chaque instant une sorte d’appel évanescent d’un monde disparu, une illusion permanente.
La distance des objets à l’homme n’est pas en guerre la même qu’en temps de paix. Je l’ai senti l’autre jour à Arzwiller : il y avait une forêt de chênes sur une roche rouge à cinquante mètres de la route. Nous étions couchés sur le bord de la route, écrasés par nos fusils, nos sacs, nos capotes, comme des hannetons sur le dos. J’aurais aimé – non pas aller dans cette forêt mais penser que je pourrais y aller. Mais c’était impossible de le penser. Ca n’était pas dans mes possibilités. Cinquante mètres suffisent à mettre un lieu hors d’atteinte. Il devient alors pur décor. Ainsi pour moi Marmoutier n’a pas d’environs, puisque je n’en puis sortir. Il y a, dans ce monde de guerre, des chemins lourds et sérieux et puis des décors ; Pour avoir cessé d’être dans mes possibilités, tous les lointains perdent leur réalité. C’est ce que les types traduisent en disant d’un plaisant paysage, d’un village agréable : « J’y reviendrai quand ce sera la paix. »
La guerre est un socialisme. Elle réduit la propriété individuelle de l’homme à rien et elle la remplace par la propriété collective. Mes vêtements, ma couche, mes aliments ne m’appartiennent plus, je n’ai plus de maison. Tout ce dont j’use appartient à la collectivité. Et je ne puis m’y attacher car ce collectif est, précisément parce qu’il est collectif, impersonnel. Pour moi, à vrai dire, l’entrée en guerre ne se marque pas par la suppression de mes biens individuels, puisque je n’en ai jamais eu. Je n’ai ni maison, ni meubles, ni livres, ni bibelots. Je mange au restaurant, j’ai des vêtements, juste le strict nécessaire. Mais elle m’a plutôt comblé d’une foule d’ustensiles appartenant à la collectivité et dont je n’ai que faire, casque, masque, ceinturon, souliers, fusil, etc. Me voila bon gré mal gré en socialisme. Et guéri du socialisme, si j’avais besoin de m’en guérir.
Tous ces objets-ustensiles renvoient à un sens premier. Ceci en paix comme en guerre : le marteau est pour frapper sur le clou, le clou est pour assujettir le toit, etc. Mais, en paix, le sens dernier est toujours le même : c’est la protection de la vie humaine. Le sens dernier des ustensiles en temps de guerre, c’est la destruction. Ceci est clair pour le canon ou le fusil. Mais dans le monde de guerre, ce qui est frappant c’est que tous ces objets qui servaient à la protection de l’homme sont là, intacts, et que leur sens dernier est à présent la destruction. Cette auberge, ce marteau, ce clou, ce toit servent toujours d’abord à protéger mais cette protection n’est plus le but ultime. La protection elle-même n’est là que pour la destruction. Tout ceci n’est pas une argumentation logique, cela se sent sur les objets, et c’est encore une des causes de l’ambiguïté essentielle des objets en temps de guerre : objets de luxe qui deviennent ustensiles purs en gardant leur aspect de luxe, objets de protection qui continuent à protéger en acquérant un sens sinistre et secret de destruction. »
(Sartre, Carnets de la drôle de guerre)
27/08/2005« Chapi a franchi une nouvelle étape, il essaie de lire nos mails ; chouette, on aura p'tet une réponse la semaine prochaine... »
(Quelqu'un dont je préserverai évidemment l'anonymat)
« J’ai changé. Je raconterai plus tard quels acides ont rongé les transparences déformantes qui m’enveloppaient, quand et comment j’ai fat l’apprentissage de la violence, découvert ma laideur – qui fut pendant longtemps mon principe négatif, la chaux vive où l’enfant merveilleux s’est dissous – par quelle raison je fus amené à penser systématiquement contre moi-même au point de mesure l’évidence d’une idée au déplaisir qu’elle me causait. L’illusion rétrospective est en miettes ; martyre, salut, immortalité, tout se délabre, l’édifice tombe en ruine, j’ai pincé le Saint-Esprit dans les caves et l’en ai expulsé ; l’athéisme est une entreprise cruelle et de longue haleine : je crois l’avoir menée jusqu’au bout. Je vois clair, je suis désabusé, je connais mes vraies tâches, je mérite sûrement un prix de civisme ; depuis à peu près dix ans je suis un homme qui s’éveille, guéri d’une longue, amère et douce folie et qui n’en revient pas et qui ne peut se rappeler sans rire ses anciens errements et qui ne sait plus que faire de sa vie. Je suis redevenu le voyageur sans billet que j’étais à sept ans : le contrôleur est entré dans mon compartiment ; il me regarde, moins sévère qu’autrefois : en fait il ne demande qu’à s’en aller, qu’à me laisser finir le voyage en paix ; que je lui donne une excuse valable, n’importe laquelle, il s’en contentera. Malheureusement je n’en trouve aucune et, d’ailleurs, je n’ai même pas l’envie d’en chercher : nous resterons en tête à tête, dans le malaise, jusqu’à Dijon où je sais fort bien que personne ne m’attend.
J’ai désinvesti mais je n’ai pas défroqué : j’écris toujours. Que faire d’autre ?
Nulla dies sine linea.
C’est mon habitude et puis c’est mon métier. Longtemps j’ai pris ma plume pour une épée, à présent je connais notre impuissance. N’importe : j’ai fait, je ferai des livres ; il en faut ; cela sert tout de même. Mais c’est un produit de l’homme : il s’y projette, s’y reconnaît ; seul, ce miroir critique lui offre son image. Du reste, ce vieux bâtiment ruineux, mon imposture, c’est aussi mon caractère : on se défait d’une névrose, on ne se guérit pas de soi. Usés, effacés, humiliés, rencognés, passés sous silence, tous les traits de l’enfant sont restés chez le quinquagénaire. La plupart du temps ils s’aplatissent dans l’ombre, ils guettent : au premier instant d’inattention, ils relèvent la tête et pénètrent dans le plein jour sous un déguisement : je prétends sincèrement n’écrire que pour mon temps mais je m’agace de ma notoriété présente ; ce n’est pas la gloire puisque je vis et cela suffit pourtant à démentir mes vieux rêves, serait-ce que je les nourris encore secrètement ? Pas tout à fait : je les ai, je crois, adaptés : puisque j’ai perdu mes chances de mourir inconnu, je me flatte quelquefois de vivre méconnu. Grisélidis pas morte. Pardaillan m’habite encore. Et Strogoff. Je ne relève que d’eux qui ne relèvent que de Dieu et je ne crois pas en Dieu. Allez vous y reconnaître. Pour ma part, je ne m’y reconnais pas et je me demande parfois si je ne joue pas à qui perd gagne et ne m’applique à piétiner mes espoirs d’autrefois pour que tout me soit rendu au centuple. En ce cas je serais Philoctète : magnifique et puant, cet infirme a donné jusqu’à son arc sans condition ; mais, souterrainement, on peut être sûr qu’il attend sa récompense.
Laissons cela. Mamie dirait :
« Glissez, mortels, n’appuyez pas. »
Ce que j’aime en ma folie, c’est qu’elle m’a protégé, du premier jour, contre les séductions de « l’élite » : jamais je ne me suis cru l’heureux propriétaire d’un « talent » : ma seule affaire était de me sauver – rien dans les mains, rien dans les poches – par le travail et la foi. Du coup ma pure option ne m’élevait au-dessus de personne : sans équipement, sans outillage je me suis mis tout entier à l’œuvre pour me sauver tout entier. Si je range l’impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui. »
(Sartre, Les Mots)
« Il en est de la religion comme de l’amour : le commandement n’y peut rien, la contrainte encore moins ; rien de plus indépendant que d’aimer et de croire. »
(Amelot de la Houssaie, sur les Lettres du cardinal d’Ossat)
« Souvenez-vous que les maladies de l’âme ne se guérissent point par contrainte et par violence. »
(Le cardinal Le Camus)
Fragment d'un présentSamedi 27 août 2005, café [L.], 11h18
Ciel d’un blanc laiteux. Pas de vent. Mer calme. Air chaud.
Fait, après une petite sieste d’après-petit-déjeuner, une partie du chemin en « pilotage automatique ». La fatigue se fait sentir, les quantités de nourriture ingurgitées aussi.
Vu hier un petit film avec Marianne Sägebrecht (Charlotte [prénom à vérifier] et ses hommes) et avant-hier un policier avec Paul Newman (titre oublié).
Hier après-midi, je ne suis pas sorti, ni n’ai fait grand-chose (davantage « feuilleté » que lu ; pris un bain).
Mon nouveau vieux pote O. m’avait encouragé en juillet à écrire systématiquement une heure par jour tous les jours. J’avais été touché par le « Ecris ! » qu’il m’avait lancé en passant derrière moi alors que je discutais à l’heure du café avec W. le mardi 26 juillet, et qu’il s’apprêtait à quitter les lieux pour rentrer à Paris. Eh bien, il me semble que je ne suis pas très loin de suivre ce conseil, même si j’en serai sans doute plus loin aujourd’hui que ces derniers jours, ayant moins de choses à dire sans doute.
Petite anecdote : revu dimanche, au café en bas de chez moi, mon nouvel-ami-britannique-en-Ferrari, qui était venu à Paris pour le week-end, notamment pour voir l’excellente exposition Sartre de la BNF, et qui voulait me payer un café pour me remercier des notes que je lui avais envoyées pour un article qu’il doit publier prochainement. Sa compagne avec qui il était me dit avoir assisté au fin fond des Etats-Unis à un colloque sur, et avec, Derrida au cours duquel Derrida prenait la parole après chaque intervention et que c’était effectivement quelque chose d’une hauteur exceptionnelle. Elle me dit que j’étais trop jeune pour avoir expérimenté le LSD mais que l’on pouvait dire que c’était quelque chose qui effectivement pouvait s’approcher de l’orgasme.
Je parlais l’autre jour de ces moments où tous les instants du temps semblent communiquer entre eux, où l’on pourrait dire que l’instant présent communique avec la totalité du temps et du monde (je crois que Pierre Hadot décrit une expérience assez similaire en recourant à l’expression « sentiment océanique du monde » ou quelque chose comme ça). Je crois que ces moments ont désormais pour moi une particularité qu’ils n’avaient pas auparavant, à savoir : que je ne m’y dilue ni ne m’y abolis ni ne m’y oublie, et que demeure quelque chose de l’orientation du temps, de sa tripartition entre passé, présent et avenir, et de mon ancrage hic et nunc ; il me semble demeuré solidement ancré dans le présent et tourné vers un avenir en direction duquel j’avance, quand bien même il me demeure voilé, avec résolution et régularité, confiant en son dévoilement progressif au fil de ma marche régulière, sans me retourner vers un monde que je ne crois plus vivant, un monde en lequel je perçois simplement, désormais, l’arrière-plan dont on se détache, et non plus l’horizon intangible de toute chose, de tout événement, le cadre magique qui attire et absorbe tout. Ou alors, c’est que je n’éprouve plus ces instants avec la même intensité.
Sur ce, toilettes, lecture des Carnets de la drôle de guerre et retour. 11h57.
« La religion forcée n’est plus religion : il faut persuader, et non contraindre. La religion ne se commande point. »
(Lactance) 26/08/2005« La violence peut faire des hypocrites ; on ne persuade point quand on fait retentir partout les menaces. »
(Tillemont, Histoire ecclésiastique)
« Rien ne vaut Paris en septembre. »
(Nicole Kidman)
Fragment d'un présentVendredi 26 août 2005, 17h36
Je voudrais toujours pouvoir emporter toujours avec moi vingt fois trop de livres, vingt fois plus de livres qu’il ne m’en faut, vingt fois plus de livres que je ne pourrais en lire pendant la durée du séjour pour lequel j’emporterais ces livres, quand bien même j’y consacrerais tout mon temps. Disposer en permanence et où que je sois d’une véritable petite bibliothèque. Encore que « vingt fois » pourrait être révisé à la hausse, encore que « petite » soit une notion tout à fait relative.
Comme cela ne m’est pas possible, je me borne à emporter cinq ou dix fois trop de livres. Voici donc la liste des livres que j’ai apportés de Paris :
- La Psychanalyse du feu (Bachelard),
- Les Anglais (Jeremy Paxman, préface de Théodore Zeldin),
- L’Ecume des jours (Vian – ce serait une relecture d’il y a environ neuf ans),
- Baudelaire (Sartre),
- L’Imaginaire (Sartre),
- L’Etranger (Camus – ce serait une relecture d’il y a environ douze ans),
- Hitler et les Juifs (Philippe Burrin),
- La Phénoménologie (un « Que sais-je ? » de Lyotard),
- Choix des élues (Giraudoux – oui, c’est bon, ça va, je sais),
- Le Bruit et la fureur (Faulkner),
- Carnets de la drôle de guerre (Sartre),
- L’Être et le néant (Sartre),
- Traité sur la tolérance (Voltaire),
- Situations, X (Sartre),
- La Transcendance de l’Ego, et autres textes phénoménologiques (Sartre),
- L’Expérience intérieure (Bataille),
- L’Univers, les dieux, les hommes (Jean-Pierre Vernant),
- Avec mon meilleur souvenir (Françoise Sagan),
- La Nausée (Sartre – ce serait une relecture d’il y a dix ans),
- Histoire romaine I, La Fondation de Rome (Tite-Live),
- des photocopies d’une partie d’un bouquin oublié d’il y a trente ans sur Sartre,
- deux très petits manuels de latin, histoire de se rafraîchir la mémoire et de se rappeler les trucs fondamentaux de la chose,
- quelques numéros (ou hors-séries) de magazines littéraires ou de vulgarisation scientifique.
Avis de recherche
Vous n'auriez pas vu mon maillot de bain ? Je cherche mon maillot de bain. C'est pour aller à la plage. Je crois que j'ai oublié mon maillot de bain. « C’est un zèle barbare que celui qui prétend planter la religion dans les cœurs, comme si la persuasion pouvait être l’effet de la contrainte. »
(Boulainvilliers, Etat de la France)
Fragment d'un présentVendredi 26 août 2005, café [L.], 11h00
Air frais mais sans doute moins venteux qu’hier. Ciel tout à fait bleu. Air plus chaud ici, en terrasse, à l’abri du vent.
Terminé hier après-midi sur un […] après [telle maison qui m’est chère] où je vis, étendu sur une chaise longue, un garçon qui ne me parut être ni Arnaud ni celui en qui j’avais cru reconnaître son frère, le Traité sur la tolérance. L’athéisme n’est pas pensé, pas intégré à la réflexion de Voltaire, il demeure au-dehors du religieux dans le champ duquel Voltaire prône la tolérance. S’il est évoqué, ce dehors aberrant et impensable, c’est pour être immédiatement stigmatisé puis jeté aux oubliettes.
En ce moment, seul musicien sur la place un accordéoniste (de merde, serais-je tenté d’ajouter) qui s’essaie parfois à chater chanter par-dessus sa musique. Bon, je ne vais pas (déjà – ou encore ?) faire mon scrogneugneu en disant que la musique proposée sur cette place n’est plus ce qu’elle était et gnagnagna, gnagnagna.
Ce matin, du mal à émerger après le petit-déjeuner, malgré les deux comprimés de vitamine C croqués pour me remettre d’aplomb plus vite et finir de me réveiller. Jambes un peu faibles. J’ai peut-être un peu trop marché, et trop vite, ces derniers jours, mais je dois surtout manquer d’exercice. Fait en chemin quelques courses sans importance […].
Hier, reçu, entre autres, un mail de [K.] et un mail d’[E.] qui prennent de mes nouvelles, et [E.] me donne brièvement des siennes. Je leur raconte mon séjour [en province du mois de juillet] et leur indique où j’en suis de mes projets professionnels […]. Sinon, je leur ai aussi indiqué avoir donné […] un exemplaire de [tel texte] à [W.] avec qui j’ai bien sympathisé […] ; [W.] m’a dit que j’aurais sans doute une réponse […] en octobre-novembre. Par ailleurs, [W.] a quelques projets éditoriaux […] qui pourraient, à terme, m’intéresser.
[E.] m’apprend en outre [qu’elle travaillera à tel endroit].
A propos de P., [et] de notre rencontre de la semaine dernière. Tout s’est bien passé, il allait bien, moi aussi, et j’ai été ravi, vraiment, d’apprendre qu’il avait lu intégralement L’Être et le néant lorsqu’il était en hypokhâgne. S’il ne conserve pas son appartement actuel, il n’en fera sans doute pas moins la moitié de son cursus à Paris […]. [P.] et moi avons aussi échangé quelques propos – le mot « confidences » donnerait rétrospectivement à la situation une solennité qu’elle n’avait pas – pour le moins intimes […]. Juste eu l’impression d’un moment de flottement de sa part lorsque je lui ai rappelé à quel point ses premiers mails m’avaient fait rire ; je l’ai déridé, je crois, en lui lançant : « [P.], c’est pas grave, tu sais ! »
[…] je n’ai pas éprouvé la tristesse que je craignais d’éprouver en le quittant. J’espère simplement qu’il sait que je suis là, s’il en a besoin, et s’il le souhaite.
[…]
Sur ce, un peu de lecture : les Carnets de la drôle de guerre. Puis, je rentre. 11h58.
« Nous savons que la foi se persuade et ne se commande point. »
(Fléchier, évêque de Nîmes) 25/08/2005
Défendez la langue française.
Avec Jean Dutourd, ne dites pas
LOL
mais dites
MDR
« Moins de dogmes, moins de disputes : et moins de disputes, moins de malheurs : si cela n’est pas vrai, j’ai tort.
La religion est instituée pour nous rendre heureux dans cette vie et dans l’autre. Que faut-il pour être heureux dans la vie à venir ? être juste.
Pour être heureux dans celle-ci, autant que le permet la misère de notre nature, que faut-il ? être indulgent.
Ce serait le comble de la folie de prétendre amener tous les hommes à penser d’un manière uniforme sur la métaphysique. On pourrait beaucoup plus aisément subjuguer l’univers entier par les armes que subjuguer tous les esprits d’une seule ville.
Euclide est venu aisément à bout de persuader à tous les hommes les vérités de la géométrie : pourquoi ? parce qu’il n’y en a pas une qui ne soit un corollaire évident de ce petit axiome : deux et deux font quatre. Il n’en est pas tout à fait de même dans le mélange de la métaphysique et de la théologie. »
(Voltaire, Traité sur la tolérance) Note pour moi-mêmeA mon retour dans le monde civilisé à Paris, rechercher les définitions détaillées des mots suivants : rénitents ; antilemmes ; cancre ; commère ; pédiculaire.
« Pour qu’un gouvernement ne soit pas en droit de punir les erreurs des hommes, il est nécessaire que ces erreurs ne soient pas des crimes ; elles ne sont des crimes que quand elles troublent la société : elles troublent cette société dès qu’elles inspirent le fanatisme ; il faut donc que les hommes comment par n’être pas fanatiques pour mériter la tolérance. »
(Voltaire, Traité sur la tolérance) « La foi ne s’inspire pas à coups d’épée. »
(Cerisiers, Sur les règnes de Henri IV et Louis XIII)
« Plus les superstitions des moines sont méprisées, plus les évêques sont respectés, et les curés considérés : il ne font que du bien, et les superstitions monacales ultramontaines feraient beaucoup de mal. Mais de toutes les superstitions, la plus dangereuse, n’est-ce pas celle de haïr son prochain pour ses opinions ? Et n’est-il pas évident qu’il serait encore plus raisonnable d’adorer le saint nombril, le saint prépuce, le lait et la robe de la vierge Marie, que de détester et de persécuter son frère ? »
(Voltaire, Traité sur la tolérance) « C’est une exécrable hérésie de vouloir attirer par la force, par les coups, par les emprisonnements, ceux qu’on n’a pu convaincre par la raison. »
(Saint Athanase) Fragment d'un présentJeudi 25 août 2005, café [L.], 10h 46
Ciel bleu avec quelques passages nuageux. Fort vent […]. Air sans doute un peu plus frais qu’hier, mais je n’en suis pas absolument certain : aujourd’hui je porte une épaisseur de moins qu’hier matin. Jolis garçons en nombre non négligeable.
Je ne sais si c’est ma promenade matinale quotidienne ou l’air marin ou la nourriture qui me fait cet effet mais ici je dors toujours plutôt bien, voire très bien. Je ne parle pas de mardi après-midi : c’est peut-être à cause de la trop courte nuit précédant mon départ, ou du repas trop arrosé à mon arrivée que j’ai dormi une heure et demie avant le dîner. Mais j’ai tout de même très bien dormi dans la nuit de mardi à mercredi (de minuit à huit heures et quart), ainsi que la nuit dernière (de onze heures à sept heures vingt).
Après avoir fini ma (re-)lecture des Mots, dont j’avais oublié à quel point c’était un livre génial dont je pourrai au moins retenir le début désopilant (Philippe Lejeune parle […] d’un rythme donnant l’impression d’une « comédie à la Charlot », cela me paraît fort juste, au moins pour le début de l’œuvre), les pages sur le rapport à la religion, les pages sur le cinéma et la fin absolument splendide, et tant d’autres passages, j’ai finalement commencé trois livres différents. Tout d’abord, en Folio à deux euros, le Traité sur la tolérance de Voltaire. Dans le train, comme j’emporte toujours quatre fois trop de livres lorsque je pars pour un séjour quelque part, j’ai tiré quelques livres de mon sac à dos : après avoir feuilleté L’Être et le néant, j’ai opté pour les Carnets de la drôle de guerre. Si je n’ai jamais / toujours pas lu L’Être et le néant, j’avais commencé les Carnets de la drôle de guerre il y a trois ans (coïncidence amusante et non voulue : il me semble bien que je les avais apportés [ici] la dernière fois que je suis venu) mais n’en avais lu « que » les quatre cent cinquante premières pages ; c’est donc pour partie une relecture que je commence, mais cette fois je compte bien lire entièrement ce livre qui, ne craignons pas l’emphase, contient tout. Enfin, dans ma chambre [ici], il y a un certain nombre de livres d’un intérêt variable dont environ une dizaine de romans d’Agatha Christie dont j’ai lu certains lors de vacances à la fin des années quatre-vingt-dix ; commencé mardi soir avant de m’endormir Miss Marple au club du mardi. Je n’exclus pas non plus de lire la biographie de Françoise Giroud par Christine Ockrent […], [également dans la maison et] que j’ai montée dans ma chambre […].
Pour revenir à la fin des Mots, me marquent particulièrement les toutes dernières phrases, que je cite de mémoire : « Une fois rangé l’impossible salut au magasin [au rayon ?] des accessoires, que reste-t-il ? Tout un homme fait de tous les hommes, qui les vaut presque tous et que vaut n’importe qui. » J’en retiens, j’en ai toujours retenu plutôt (car c’est le seul passage des Mots que je pense n’avoir jamais oublié), deux idées : d’une part, la conviction de l’égalité, une conviction profondément ancrée en moi, même si je suis très loin de donner l’impression d’être obsédé par le souci de traduire concrètement, matériellement, cette conviction (je ne donne pas ma chemise aux nécessiteux tous les matins ni ne partage mes chaussettes ; en fait, j’aurais tendance à mettre de tels comportements, fort estimables, sur le compte d’un altruisme que je distingue de cette absolue conviction de l’égalité, et qui n’est pas forcément mien), l’égalité des hommes m’a toujours parue (toujours… disons : depuis l’adolescence) une chose qui allait de soi, tout autant que l’air que je respire ou la chaise sur laquelle je suis assis ; d’autre part, l’idéal d’un rapport simple et direct, sans chichis ni affèterie (ce qui ne veut pas nécessairement dire un rapport familier ou une transparence dans la relation) avec les autres. Il est sans doute inutile d’ajouter que ces deux idées, cette dernière phrase des Mots à son auteur mon admiration et mon affection, d’autant qu’il me paraît, dans sa vie personnelle, les avoir autant que possible, mises en application (le récit que m’a fait [ici, le nom d’une personne non connue qui n’a sans doute pas envie que je la cite] de sa première rencontre avec Sartre, aussi anodin qu’il puisse paraître, m’en a fourni, je crois, un nouvel exemple). D’ailleurs, il me semble, hors le cas tout à fait particulier de Bianca Lamblin, n’avoir jamais lu un témoignage de proche de Sartre (de proche ou de moins proche, d’ailleurs) allant en sens contraire. Evidemment, il y a tous ceux qui, parfois de manière tout à fait justifiée, et à l’occasion parmi les proches eux-mêmes, la « famille », recensent les erreurs de Sartre (la période « compagnon de route critique », la guerre de Corée, le Vietnam, etc.), mais il s’agit de critiques de ses prises de position, pas de démentis de son abord simple et direct, de sa générosité, de son attention à tous et à chacun.
Sur ce, j’arrête là pour un peu de lecture (Voltaire). 11h33.
« J’ai toujours mieux aimé m’accuser que l’univers ; non par bonhomie : pour ne me tenir que de moi. Cette arrogance n’excluait pas l’humilité : je me croyais faillible d’autant plus volontiers que mes défaillances étaient forcément le chemin le plus court pour aller au Bien. Je m’arrangeais pour ressentir dans le mouvement de ma vie une irrésistible attraction qui me contraignait sans cesse, fût-ce en dépit de moi-même, à faire de nouveaux progrès. »
(Sartre, Les Mots)
Où Monsieur Népomucène rend ses lecteurs heureuxLe Bulletin de l'Union européenne 6-2005 (version définitive) en français est désormais disponible sur internet. Vous le trouverez à l'adresse suivante: http://europa.eu.int/abc/doc/off/bull/fr/welcome.htm 24/08/2005« Mon grand-père appréciait Verlaine dont il possédait un choix de poèmes. Mais il croyait l’avoir vu, en 1894, entrer « saoul comme un cochon » dans un mastroquet de la rue Saint-Jacques : cette rencontre l’avait ancré dans le mépris des écrivains professionnels, thaumaturges dérisoires qui demandent un louis d’or pour faire voir la lune et finissent pasr montrer, pour cent sous, leur derrière. »
(Sartre, Les Mots)
Fragment d'un présentMercredi 24 août 2005, 11h10, café [L.]
Avant d’arriver au café, je pensais retrouver ici Séverine, la serveuse qui me reconnaissait d’un été sur l’autre, lorsque je venais tous les ans, et je me demandais si elle me reconnaîtrait encore. La dernière fois, il y a trois ans, contrairement à l’année précédente, je n’ai pas osé lui dire « A l’année prochaine », car je n’étais pas sûr de revenir un jour, j’aurais plutôt pensé, je pensais, que je ne reviendrais sans doute jamais. Y aurait-il seulement d’autres étés ? J’étais loin d’en être sûr ; il était clair à mes yeux que j’étais foutu.
Mais non, je n’étais pas foutu, et me revoilà, à mon café préféré de cette ville, à cette terrasse devant laquelle défient sans arrêt les touristes ; devant moi, il y a quelques minutes, le même marchand de tableaux que tous les étés. Séverine n’est pas là, un ou deux cafés de la place ont peut-être changé d’apparence, mais c’est tout. J’aurais pu être ici hier matin ; d’ailleurs, j’étais ici hier matin : les trois années écoulées sont comme effacées – j’écris « comme » parce que si je ne mettais pas ce mot les grincheux ne manqueraient pas de jaser. Ces trois années, dis-je, mais peut-être devrais-je plutôt dire « ces quatre années », car le dernier été que je suis venu n’était pas follement joyeux, les lignes qui précèdent le prouvent, et si cette matinée doit s’inscrire dans une continuité, ce serait plutôt dans la continuité de mon avant-dernier été ici, qui, lui, était, je crois, « normal ».
Pas de Séverine ? En rédigeant le paragraphe précédent, j’entendais que l’on dressait des tables pour le déjeuner et me suis instinctivement retourné au milieu d’une phrase : c’était elle. Est-ce que tout passe et rien ne reste, ou bien est-ce que tout reste et jamais rien ne change ?
Sourire, détente, j’aime ces moments où tous les instants du temps coïncident, où les strates du temps communiquent entre elles, où la distance d’un été à un autre, d’une époque de la vie à une autre s’abolit.
Ciel gris, laiteux. Températures un peu plus élevées que ce que je pensais en m’habillant. La mer est tout à fait calme.
Hier, pris le train de x h xx , un train un peu lent, mais ne nécessitant pas que je me réveille pour prendre une correspondance, histoire de pouvoir dormir sans crainte.
En gare de […], sur le quai, un grand beau gosse de dix-huit ou vingt ans, très grand, très beau. Evidemment, il n’y a que dans un film qu’il monterait dans mon compartiment. Eh bien, non seulement il est monté dans mon compartiment mais en plus il s’est assis en face de moi, puis dans un second temps sur la même banquette que moi [tiens, la serveuse m’a reconnu], à l’autre bout. Nous n’avons pas échangé un seul mot du voyage. Silencieusement, alors qu’il était en face de moi, je fis un peu de place pour qu’il puisse étendre ses jambes devant lui, en étendant les miennes de biais. Il lisait alternativement le Nouvel Obs et un volume Poésie/Gallimard, intitulé Le Monde terrible d’Alexandre Bok [nom à vérifier] dont je n’ai pas osé lui demandé si je pouvais y jeter un œil, n’ayant jamais entendu parler de cet auteur ; pourtant, j’ai vraiment eu envie de lui poser la question. Il est descendu comme moi à [nom de la ville où je me trouve] [quelques mots échangés avec la serveuse] mais s’est éclipsé très vite pour monter dans une voiture blanche qui l’attendait. J’ai beaucoup (nous avons beaucoup) dormi, jusqu’à [...] en gros. Pas un mot ne fut échangé mais j’éprouvais ce silence comme une sorte de fraternité silencieuse.
[…]
Très grand, très beau, sans doute un peu accro à la cigarette (il fumait sur le quai de la gare où il est monté et est descendu fumer lors de l’arrêt un peu plus long à […]), brun, très bronzé. Un détail allant peut-être dans le sens d’une fraternité silencieuse : nous étions seuls dans le compartiment et lorsqu’il le quittait, il ne me demandait même pas de veiller sur son sac à dos, qui était son seul bagage, et le laissait, ouvert, un peu comme s’il allait de soi qu’il pouvait me le laisser et que j’y veillerais.
De […] à […], j’ai moins pensé à cette fraternité silencieuse pour regarder le paysage, un paysage de carte postal, de manuel d’histoire-géo, les champs moissonnés, jaunes, des bosquets, des villages perdus, tout cela fleurait bon la France profonde.
Une impression amusante : celle de ne pas être sur le même plan, dans la même dimension, que les paysages traversés, un peu comme si je les observais au travers de la vitre du train depuis une position de surplomb ou d’extériorité radicale. J’ai particulièrement ressenti cela aux passages à niveau (niveaux ?) : ce que je voyais, ce n’étaient pas des voitures à l’arrêt pendant que nous passions en train, ce n’étaient pas des voitures arrêtées sur des routes coupant notre voie ferrée, devant lesquelles nous passions, mais des voitures à l’arrêt à un passage à niveau, qui attendaient que passât un train, que je ne voyais pas, dont j’ignorais tout.
Je crois qu’une petite pluie fine commence à tomber, […] je m’en vais. 12h09.
« Je commençais à me découvrir. Je n’étais presque rien, tout au plus une activité sans contenu, mais il n’en fallait pas davantage. J’échappais à la comédie : je ne travaillais pas encore mais déjà je ne jouais plus, le menteur trouvait sa vérité dans l’élaboration de ses mensonges. Je suis né de l’écriture : avant elle, il n’y avait qu’un jeu de miroirs ; dès mon premier roman, je sus qu’un enfant s’était introduit dans le palais de glaces. Ecrivant, j’existais, j’échappais aux grandes personnes ; mais je n’existais que pour écrire et si je disais : moi, cela signifiait : moi qui écris. N’importe : je connus la joie ; l’enfant public se donna des rendez-vous privés. »
(Sartre, Les Mots)
Une petite carte postale de province de Monsieur Népomucène
Kikooyou, mes dingues de lecteurs !
« Sept ou huit ans après le ministère Combes, l’incroyance déclarée gardait la violence et le débraillé de la passion ; un athée, c’était un original, un furieux qu’on n’invitait pas à dîner de peur qu’il ne « fît une sortie », un fanatique encombré de tabous qui se refusait le doit de s’agenouiller dans les églises, d’y marier ses filles et d’y pleurer délicieusement, qui s’imposait de prouver la vérité de sa doctrine par la pureté de ses mœurs, qui s’acharnait contre lui-même et contre son bonheur au point de s’ôter le moyen de mourir consolé, un maniaque de Dieu qui voyait partout Son absence et qui ne pouvait ouvrir la bouche sans prononcer Son nom, bref un monsieur qui avait des convictions religieuses. Le croyant n’en avait point : depuis deux mille ans les certitudes chrétiennes avaient eu le temps de faire leurs preuves, elles appartenaient à tous, on leur demandait de briller dans le regard d’un prêtre, dans le demi-jour d’une église et d’éclairer les âmes mais nul n’avait besoin de les reprendre à son compte ; c’était le patrimoine commun. La bonne société croyait en Dieu pour ne pas parler de Lui. Comme la religion semblait tolérante ! Comme elle était commode : le chrétien pouvait déserter la Messe et marier religieusement ses enfants, sourire des « bondieuseries » de Saint-Sulpice et verser des larmes en écoutant la Marche nuptiale de Lohengrin ; il n’était tenu ni de mener une vie exemplaire ni de mourir dans le désespoir, pas même de se faire crémer. Dans notre milieu, dans ma famille, la foi n’était qu’un nom d’apparat pour la douce liberté française ; on m’avait baptisé, comme tant d’autres, pour préserver mon indépendance : en me refusant le baptême, on eut craint de violenter mon âme ; catholique inscrit, j’étais libre, j’étais normal : « Plus tard, disait-on, il fera ce qu’il voudra. » On jugeait alors beaucoup plus difficile de gagner la foi que de la perdre. »
(Sartre, Les Mots)
23/08/2005Message personnel illustré de Monsieur Népomucène
Monsieur Népomucène va au lit.
Bonne nuit dans l'Europe du Té-trai de Ce-ni, mes gue-dins de lecteurs.
Faites de beaux rêves. Surtout mon jeune Maxouuu
Surtout n'oubliez pas d'éteindre la mière-lu avant de vous cher-cou.
Bon, grosso modo, Monsieur Népomucène ne peut pas consulter vos gue-blos (il est en vince-pro). Alors s'il se passe des trucs importants dans la blogosphère, vous me faites un petit résumé et vous me l'envoyez dans ma bouatamelle, mes dingues de lecteurs ? Merci. Message personnel illustré de Monsieur Népomucène
Monsieur Népomucène est bien arrivé en vince-pro.
Il a même eu droit à un choupinou trop puissant de la mort qui tue en face de lui dans le train.
Il vous conchie affectueusement depuis l'endroit où il se trouve.
Où Monsieur Népomucène tombe de son arbreVite, vite, ne manquons pas notre train !
Et bonne journée à tous les gue-dins.
Bonne nuit, mes doux dingues de lecteurs.
Faites de beaux rêves. Conversation*
« Oh, mon Pwoopwoot d’amour !
- Nassko !
- Oui, moi aussi, je t’aime.
- Ca veut dire que tu avaleras ?
- Oh !
- Je prends ça comme une acceptation.
- Oh !
- Tu en veux encore !
- Vous êtes intarissable, je vais avoir une indigestion ! »
[* : Conversation est un titre de Bernadette Chirac née Chodron de Courcel]
22/08/2005Rien n'est jamais acquis à l'homme. Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur. Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix;
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie.
Sa vie est un étrange et douloureux divorce;
Il n'y a pas d'amour heureux.
Sa vie, elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin.
A quoi peut leur servir de ce lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains.
Dites ces mots ma vie et retenez vos larmes;
Il n'y a pas d'amour heureux.
Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte en moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux.
Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux.
Il n'y a pas d'amour qui ne soit douleur.
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri.
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri.
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs.
Il n'y a pas d'amour heureux.
Mais c'est notre amour à tous les deux.
(Louis Aragon) Conversation*
« Ma grand-mère s’appelle Marie.
- C’est joli, Marie.
- Tout le monde l’appelle Mimi.
- Quel gâchis. »
[* : Conversation est un titre de Bernadette Chirac née Chodron de Courcel]
Monsieur Népomucène aime vivre dangereusement...« Les bourgeois du siècle dernier n’ont jamais oublié leur première soirée au théâtre et leurs écrivains se sont chargés d’en rapporter les circonstances. Quand le rideau se leva, les enfants se crurent à la cour. Les ors et les pourpres, les feux, les fards, l’emphase et les artifices mettaient le sacré jusque dans le crime ; sur la scène ils virent ressusciter la noblesse qu’avaient assassinée leurs grands-pères. Aux entractes, l’étagements des galeries leur offrait l’image de la société ; on leur montra, dans les loges, des épaules nues et des nobles vivants. Ils rentrèrent chez eux, stupéfaits, amollis, insidieusement préparés à des destins cérémonieux, à devenir Jules Favre, Jules Ferry, Jules Grévy. Je défie mes contemporains de me citer la date de leur première rencontre avec le cinéma. Nous entrions à l’aveuglette dans un siècle sans traditions qui devait trancher sur les autres par ses mauvaises manières et le nouvel art, l’art roturier, préfigurait notre barbarie. Né dans une caverne de voleurs, rangé par l’administration au nombre des divertissements forains, il avait des farçons populacières qui scandalisaient les personnes sérieuses ; c’était le divertissement des femmes et des enfants ; nous l’adorions, ma mère et moi, mais nous n’y pensions guère et nous n’en parlions jamais : parle-t-on du pain s’il ne manque pas ? Quand nous nous avisâmes de son existence, il y avait beau temps qu’il était devenu notre principal besoin. »
(Sartre, Les Mots)
« Post mortem nihil est ; ipsaque mors nihil. »*
(Sénèque, Troade)
[* : rien n'est après la mort ; la mort elle-même n'est rien]
« L'agressivité nationale et l'esprit de revanche faisaient de tous les enfants des vengeurs. Je devins un vengeur comme tout le monde : séduit par la gouaille, par le panache, ces insupportables défauts des vaincus, je raillais les truands avant de leur casser les reins. Mais les guerres m’ennuyaient, j’aimais les doux Allemands qui fréquentaient chez mon grand-père et je ne m’intéressais qu’aux injustices privées ; dans mon cœur sans haine, les forces collectives se transformèrent ; je les employais à alimenter mon héroïsme individuel. N’importe ; je suis marquée ; si j’ai commis, dans un siècle de fer, la folle bévue de prendre ma vie pour une épopée, c’est que je suis un petit-fils de la défaite. Matérialiste convaincu, mon idéalisme épique compensera jusqu’à ma mort un affront que je n’ai pas subi, une honte dont je n’ai pas souffert, la perte de deux provinces qui nous sont rendues depuis longtemps. »
(Sartre, Les Mots)
Lecture en cours
 « 1) Vous portez très mal le costume. Et même moi, qui suis célèbre pour ma parfaite incompétence en matière d'habillement, je trouve cette chemise affreuse. Brûlez-la immédiatement.
2) Vous ne devriez pas vous forcer à sourire sur les photos. Si c'est en fait votre sourire naturel, cessez de sourire. Ca ne vous va pas du tout.
3) Il ne s'agit que d'une préférence personelle, mais vous devriez conserver votre crinière léonine.
4) Vous devez plaire (physiquement, je veux dire) à plus de gens que vous ne l'imaginez.
En conclusion : vous êtes parfaitement baisable. »
(commentaires d'un jeune éphèbe au sujet de miennes photos que je lui montrais) MAZEL TOV !
Mon Chapichapoupounénet à moi est de retour.
ALLELUIA !
Mon Chapichapoupounénet à moi est de retour.
ALLAHOU AKBAR !
Mon Chapichapoupounénet à moi est de retour.
21/08/2005« J'ai mis longtemps à l'admettre, mais la philosophie relève de la littérature, et ce n'est pas la littérature qui dit la vérité. Seule la science dit la vérité. Et sa vérité s'impose. »
(Michel Houellebecq)
« Ce que nous appelons « histoire » a pris fin, au sens que nous donnions à ce mot. Il s’est passé un instant de cinq millénaires entre les centaines de millénaires préhistoriques, au cours desquels l’homme s’est répandu sur la planète, et le début actuel de l’histoire vraiment mondiale. Ces millénaires, comparés à ce qui les a précédés et aux possibilités futures, ne sont qu’un minuscule laps de temps. Ce que nous appelons l’histoire prend une signification nouvelle : c’est l’effort des hommes pour se trouver, se réunir en vue de leur action dans l’histoire universelle, pour conquérir sur le plan spirituel et sur le plan technique l’équipement nécessaire au voyage. Nous ne faisons que commencer. »
(Karl Jaspers, Introduction à la philosophie) « C’est une femme médecin slovaque qui l’affirme à travers ses expériences récentes : faire écouter du Mozart à des bébés non seulement leur fait prendre du poids mais les rend plus intelligents. C’est la science qui parle, et je crois à la science. Ce bébé, c’était moi. Philippe Sollers. »
(Philippe Sollers) « Tendre l’oreille pour se laisser guider par Dieu, une telle attitude implique par essence qu’on court le risque de manquer le bon chemin. D’où l’humilité. Celle-ci exclut toute sécurité fondée sur une certitude ; elle empêche de conférer à la conduite choisie une valeur générale, d’en faire une exigence pour tous ; elle préserve du fanatisme. Le chemin suivi a beau baigner dans la plus pure clarté, telle qu’on la voit lorsqu’on marche sous la conduite de Dieu ; il ne faut pourtant pas se laisser aller à la certitude intime que c’est là pour tous l’unique et vrai chemin.
En effet, par la suite, tout peut encore changer d’aspect. Même en pleine lumière on peut encore s’engager sur une fausse piste. Jusque dans la certitude qu’implique une décision prise, quelque chose doit encore rester en suspens du moment que celle-ci prend corps dans le monde. Car l’orgueil de posséder la vérité absolue représente le danger mortel pour la vérité au sein du monde. La certitude d’une mise en question perpétuelle.
C’est seulement rétrospectivement qu’un grand étonnement peut nous saisir : on nous a conduits de façon incompréhensible. Mais là encore, ce n’est jamais sûr ; être sous la conduite de Dieu n’est pas un privilège acquis une fois pour toutes.
D’un point de vue psychologique, la voix de Dieu n’est perceptible que dans des instants suprêmes. Ils inspirent notre vie et nous vivons pour eux. »
(Karl Jaspers, Introduction à la philosophie) « Nous sommes tous des fœtus réussis. Enfin, réussis, c'est beaucoup dire. »
(Philippe Sollers)
Message personnel illustré de Monsieur Népomucène
C'est avec cette photographie oecumènique du cardinal Ratzinger Très Saint-Père à la synagogue de Cologne que le (non-)blog de Monsieur Népomucène souhaite un bon jour du Seigneur et un bon dimanche à... tous !
Le (non-)blog de Monsieur Népomucène, un (non-)blog catholique, apostolique et romain.
Le dernier jour, vous vous y précipitez.
Vous y croyez, vous ? 20/08/2005« Voici la nouvelle insulte fashion : Centriste ! :op »
(Pyram) Nouveau fond d'écran de mon (non-)gue-blo, dédié à Nij'

« C’était fête. A l’Institut des Langues Vivantes, la foule battait des mains sous la flamme mouvante d’un bec Auer, ma mère jouait du Chopin, tout le monde parlait français sur l’ordre de mon grand-père : un français lent, guttural, avec des grâces fanées et la pompe d’un oratorio. Je volais de main en main sans toucher terre ; j’étouffais contre le sein d’une romancière allemande quand mon grand-père, du haut de sa gloire, laissa tomber un verdict qui me frappa au cœur : « Il y a quelqu’un qui manque ici : c’est Simonnot ». Je m’échappai des bras de la romancière, je me réfugiai dans un coin, les invités disparurent ; au centre d’un anneau tumultueux, je vis une colonne : M. Simonnot lui-même, absent en chair et en os. Cette absence prodigieuse le transfigura. Il s’en fallait de beaucoup que l’Institut fût au complet : certains élèves étaient malades, d’autres s’étaient fait excuser ; mais il ne s’agissait là que de faits accidentels et négligeables. Seul, M. Simonnot manquait. Il avait suffi de prononcer son nom : dans cette salle bondée, le vide s’était enfoncé comme un couteau. Je m’émerveillai qu’un homme eût sa place faite. Sa place : un néant creusé par l’attente universelle, un ventre invisible d’où, brusquement, il semblait qu’on pût renaître. Pourtant, s’il était sorti de terre, au milieu des ovations, si même les femmes s’étaient jetées sur sa main pour la baiser, j’aurais été dégrisé : la présence charnelle est toujours excédentaire. Vierge, réduit à la pureté d’une essence négative, il gardait la transparence incompressible du diamant. Puisque c’était mon lot, à moi, d’être à chaque instant situé parmi certaines personnes, en un certain lieu de la terre et de m’y savoir superflu, je voulus manquer comme l’eau, comme le pain, comme l’air à tous les autres hommes dans tous les autres lieux. »
(Sartre, Les Mots)
Un film sur Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, avec Lorant Deutsch*, est actuellement en préparation (le tournage doit être en cours, je pense), pour France 3.
Lorant, tu étais déjà dans mon bloc permanent de la bogossité, je constate que tu ne me déçois pas.
[* : j'ai cru comprendre qu'il jouait le rôle de Sartre ; je tiens à faire part de mon admiration à l'équipe chargée du maquillage.] « Vermine stupéfaite, sans foi, sans loi, sans raison ni fin, je m’évadais dans la comédie familiale, tournant, courant, volant d’imposture en imposture. Je fuyais mon corps injustifiable et ses veules confidences ; que la toupie butât sur un obstacle et s’arrêtât, le petit comédien hagard retombait dans la stupeur animale. De bonnes amies dirent à ma mère que j’étais triste, qu’on m’avait surpris à rêver. Ma mère me serra contre elle en riant : « Toi qui est si gai, toujours à chanter ! Et de quoi te plaindrais-tu ? Tu as tout ce que tu veux. » Elle avait raison : un enfant gâté n’est pas triste ; il s’ennuie comme un roi. Comme un chien.
Je suis un chien : je bâille, les larmes roulent, je les sens rouler. Je suis un arbre, le vent s’accroche à mes branches et les agite vaguement. Je suis une mouche, je grimpe le long d’une vitre, je dégringole, je recommence à grimper. Quelquefois, je sens la caresse du temps qui passe, d’autres fois – le plus souvent – je le sens qui ne passe pas. De tremblantes minutes s’affalent, m’engloutissent et n’en finissent pas d’agoniser : croupies mais encore vives, on les balaye, d’autres les remplacent, plus fraîches, tout aussi vaines, ces dégoûts s’appellent le bonheur ; ma mère me répète que je suis le plus heureux des petits garçons. Comment ne la croirais-je pas puisque c’est vrai ? A mon délaissement je ne pense jamais ; d’abord il n’y a pas de mot pour le nommer ; et puis je ne le vois pas : on ne cesse pas de m’entourer. C’est la trame de ma vie, l’étoffe de mes plaisirs, la chair de mes pensées. »
(Sartre, Les Mots)
19/08/2005« J’avais deux raisons de respecter mon instituteur : il me voulait du bien, il avait l’haleine forte. Les grandes personnes doivent être laides, ridées, incommodes ; quand elles me prenaient dans leurs bras, il ne me déplaisait pas d’avoir un léger dégoût à surmonter : c’était la preuve que la vertu n’était pas facile. Il y avait des joies simples, triviales : courir, sauter, manger des gâteaux, embrasser la peau douce et parfumée de ma mère ; mais j’attachais plus de prix aux plaisirs studieux et mêlés que j’éprouvais dans la compagnie des hommes mûrs : la répulsion qu’ils m’inspiraient faisait partie de leur prestige : je confondais le dégoût avec l’esprit de sérieux. J’étais snob. »
(Sartre, Les Mots)
« Nous sommes conscients de notre liberté si nous reconnaissons que certaines exigences nous concernent. Il dépend de nous de les satisfaire ou de nous y dérober. Nous ne pouvons pas sincèrement contester le fait que nous prenons des décisions et que par là nous décidons de nous-mêmes, nous sommes responsables.
Celui qui tente de le nier doit s’interdire, s’il est conséquent, toute exigence à l’égard d’autres hommes. Un accusé voulut un jour plaider son innocence devant le tribunal ; il allégua qu’il était né avec des dispositions qui l’avaient entraîné au mal et que, ne pouvant agir différemment, il ne devait pas être tenu pour responsable. Le juge répondit avec esprit que la même raison justifiait également sa conduite à lui, juge ; il ne pouvait pas non plus faire autrement que de condamner, étant ce qu’il était et forcé par là d’agir selon les lois données. »
(Karl Jaspers, Introduction à la philosophie) « Entre la première révolution russe et le premier conflit mondial, quinze ans après la mort de Mallarmé, au moment que Daniel de Fontanin découvrait Les Nourritures terrestres, un homme du XIXe siècle imposait à son petit-fils les idées en cours sous Louis-Philippe. Ainsi, dit-on, s’expliquent les routines paysannes : les pères vont aux champs, laissant les fils aux mains des grands-parents. Je prenais le départ avec un handicap de quatre-vingts ans. Faut-il m’en plaindre ? Je ne sais pas : dans nos sociétés en mouvement les retards donnent quelquefois de l’avance. Quoi qu’il en soit, on m’a jeté cet os à ronger et je l’ai si bien travaillé que je vois le jour au travers. Mon grand-père avait souhaité me dégoûter sournoisement des écrivains, ces intermédiaires. Il obtint le résultat contraire : je confondis le génie et le mérite. Ces braves gens me ressemblaient : quand j’étais bien sage, quand j’endurais vaillamment mes bobos, j’avais droit à des lauriers, à une récompense ; c’était l’enfance. Karl Schweitzer me montrait d’autres enfants, comme moi surveillés, éprouvés, récompensés, qui avaient sur garder toute leur vie mon âge. Sans frère ni sœur et sans camarades, je fis d’eux mes premiers amis. Ils avaient aimé, souffert avec rigueur, comme les héros de leurs romans, et surtout avaient bien fini ; j’évoquais leurs tourments avec un attendrissement un peu gai : comme ils devaient être contents, les gars quand ils se sentaient bien malheureux ; ils se disaient : « Quelle chance ! Un beau vers va naître ! » »
(Sartre, Les Mots)
Monsieur Népomucène grimpe dans son arbre.
Il vous chie dessus souhaite un excellent nycthémère. Lu sur un réseau pédésexuel (3)« Salut, je cherche un mec sportif, simple, pas folle, trankil...et avec photos! Ouvert à tout dialogue, mais rencotre que les mecs que je kiff à oilp ! » Conversation*
[* : Conversation est un titre de Bernadette Chirac née Chodron de Courcel]
Conversation*
[* : Conversation est un titre de Bernadette Chirac née Chodron de Courcel]
Vu dans la blogosphèreTrouvé ce soir un clip désopilant.
Lien trouvé sur un post du blog de David Madore a.k.a. Ruxor. « Platonicien par état, j’allais du savoir à son objet : je trouvais à l’idée plus de réalité qu’à la chose, parce qu’elle se donnait à moi d’abord et parce qu’elle se donnait comme une chose. C’est dans les livres que j’ai rencontré l’univers : assimilé, classé, étiqueté, pensé, redoutable encore : et j’ai confondu le désordre de mes expériences livresques avec le cours hasardeux des événements réels. De là vint cet idéalisme dont j’ai mis trente ans à me défaire. ». »
(Sartre, Les Mots)
18/08/2005« Les souvenirs touffus et la douce déraison des enfances paysannes, en vain les chercherais-je en moi. Je n’ai jamais gratté la terre ni quêté des nids, je n’ai pas herborisé ni lancé des pierres aux oiseaux. Mais les livres ont été mes oiseaux et mes nids, mes bêtes domestiques, mon étable et ma campagne ; la bibliothèque, c’était le monde pris dans un miroir : elle en avait l’épaisseur infinie, la variété, l’imprévisibilité. Je me lançai dans d’incroyables aventures : il fallait grimper sur les chaises, sur les tables, au risque de provoquer des avalanches qui m’eussent enseveli. Les ouvrages du rayon supérieur restèrent longtemps hors de ma portée ; d’autres, à peine je les avais découverts, me furent ôtés des mains : d’autres, encore, se cachaient : je les avais pris, j’en avais commencé la lecture, je croyais les avoir remis en place, il fallait une semaine pour les retrouver. Je fis d’horribles rencontres : j’ouvrais un album, je tombais sur une planche en couleurs, des insectes hideux grouillaient sous ma vue. Couché sur le tapis, j’entrepris d’arides voyages à travers Fontenelle, Aristophane, Rabelais : les phrases me résistaient à la manière des choses ; il fallait les observer, en faire le tour, feindre de m’éloigner et revenir brusquement sur elles pour les surprendre hors de leur garde : la plupart du temps, elles gardaient leur secret. J’étais La Pérouse, Magellan, Vasco de Gama ; je découvris des indigènes étranges : « Héautontimorouménos » dans une traduction de Térence en alexandrins, « idiosyncrasie » dans un ouvrage de littérature comparée. Apocope, Chiasme, Parangon, cent autres Cafres impénétrables et distants surgissaient au détour dune page et leur seule apparition disloquait tout le paragraphe. Ces mots durs et noirs, je n’en ai connu le sens que dix ou quinze ans plus tard et, même aujourd’hui, ils gardent leur opacité : c’est l’humus de ma mémoire. »
(Sartre, Les Mots)
V'lan, dans la che-tron du primate !Quand, sur un réseau virtuel pédésexuel, on a prévu de me dire « not my type », je crois que je préfère qu'on se dispense de me préciser auparavant « désolé de te dire ça, mais tu fais plus vieux que ton âge ».
Apprenons le belge avec Monsieur NépomucèneHier, un honorable correspondant m'a confirmé que le mot jouette était un belgicisme signifiant qui aime jouer.
Gloire au peuple belge ! Monsieur Népomucène connaît des gens bienP. a lu tout L'Être et le néant lorsqu'il était en hypokhâgne, et je ne le savais même pas !
Monsieur Népomucène vient de trouver sur son blog un intéressant commentaire d'Anatole (prénom fictif), où Anatole (prénom fictif) revient sur sa relation avec Sartre (Sartre réel, philosophe mort). Comme Monsieur Népomucène a fait des études, il sait copier-coller, alors il le fait :
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